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Le plus bel endroit du monde est ici

  

 

 

Le plus bel endroit

 

Je viens de terminer la lecture de ce petit livre en version poche. Je dois avouer que je reste un peu sur ma faim. On est loin de la qualité des ouvrages de Mitch Albom sur les chemins qui séparent la vie de la mort. Les auteurs ont à mon sens exploité à demi une belle idée de départ que je juge pour ma part gâchée par trop d'à peu près à la limite de la mièvrerie. On sent vite venir les choses et rien ne détourne le lecteur du chemin vers lequel on le guide. Je dois également reconnaître une certaine lassitude vis-à-vis des ouvrages traitant du développement personnel, de la vie après la mort, des tunnels de lumière et des épreuves à vaincre pour atteindre au nirvana. Quant à la liste des dix choses importantes à faire avant de... Tout cela à trop un arrière-goût de déjà vu et est à mon sens bien mieux exploité dans le "Journal de Bridget Jones". Un échec de temps en temps me réconcilierait peut-être avec ce type de travaux d'Hercule pour quadras en mal de vivre. Le lecteur que je suis aimant à être déstabilisé ou tout au moins bousculé est, vous vous en doutez, resté sur sa faim...

Les Nordiques ont décidément le vent en poupe

Les curieuses rencontres

      On en rêve tous d'un facteur comme ça... et d'un service public des Postes encourageant ses agents à jouer les assistantes sociales auprès de ses clients. Mais là n'est pas l'angle le plus attachant de cet ouvrage. Les personnages que l'on y croise méritent tous que l'on s'intéresse eux mais le facteur n'est pas venu vivre à la campagne dans la maison de ses grands-parents pour aller d'aventure en aventure ; c'est au contraire le calme qu'il recherche pour guérir une récente blessure. Mais entre ce que l'on envisage et ce que l'existence réserve il y a parfois de la marge. L'auteur, Levi Henriksen, ne le ménage pas ce petit facteur. Il le promène de situation en péripétie avec une avalanche de sentiments. Le quatrième de couverture évoque "Le vieux qui ne vouliat pas fêter son anniversaire", j'ai un peu de mal avec l'analogie si ce n'est pour le côté humoristique de l'ouvrage. L'un et l'autre se lisent avec bonheur mais il n'y a rien de loufoque dans ce facteur et son empathie mérite que l'on s'y intéresse.

     Ne passez pas à côté de cette brillante balade norvégienne !

Le vestibule des causes perdues

    Le vestibule

Voilà un ouvrage à ne pas manquer. Une longue et belle promenade de plus de quatre cents pages (il n'empêche qu'au final on n'est pas du tout pressé d'arriver) sur les chemins de Compostelle. Attention, rien de religieux là-dedans. Seule la dimension spirituelle rejoint parfois le cultuel. Une dizaine de personnages, des amochés de l'existence, tous là pour diverses raisons se croisent, se séparent, s'entraident... s'aiment. Très belle intelligence de la narration surfant sur les voiles peu à peu levés sur les vérités de chacun. Introspection dans les douleurs qu'impose l'effort physique et psychique de ce qui s'apparente sans aucun doute à un dépassement de soi. Il est convenu de garder quelque chose pour s'essuyer les yeux car l'émotion peut survenir au hasard des pages distillée avec une belle sensibilité et une grande intelligence littéraire. Je ne connaissais pas l'auteure : Manon Moreau, une jeune femme d'une trentaine d'années, mais je me promets de surveiller ses prochains ouvrages d'autant qu'elle pratique la nouvelle, un genre que j'apprécie tout particulièrement. Le style est vif, enlevé, parfois déroutant mais jamais pesant. Inutile de préciser que la narratrice a elle aussi arpenté ce camino, sa credencial en poche.

    Je vous engage donc à suivre sa voie... vous ne le regretterez pas.

Comme quoi la nouvelle peut amener à tout...

... même s'il est conseillé d'en sortir. Fortement ! Je viens de terminer la lecture de "La commissaire n'aime point les vers" de Georges Flipo, un merveilleux rédacteur de nouvelles qui remporta une quantité remarquable de concours... à juste titre. De publicitaire à temps complet, le voilà recyclé en auteur à un âge où il aurait été dommage pour la littérature qu'il ne se décide pas à le faire. Dans son polar, on retrouve cet humour ravageur pince-sans-rire et destructeur que j'apprécie tant dans ses nouvelles mais aussi un ton et un regard sur notre société hirs toute complaisance. La poésie est présente dans ce roman... comme arme du crime. Je conseille de découvrir Georges Flipo, il le mérite. On peut également différer cette découverte en cherchant sur la toile quelques-unes de ses nouvelles qui sommeillent chez différents organisateurs de concours.

La peau du tambour

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       Un pirate informatique s'est introduit dans l'ordinateur central du Vatican pour remonter jusqu'au Pape. Il n'en faut pas plus au Saint Siège pour déléguer son émissaire secret, Lorenzo Quart, à Séville, siège du pirate. Autour d'une vieille église qui tue pour se défendre, se nouent les secrets d'une vieille famille aristocratique protégeant un religieux un peu fou et les intérêts de spéculateurs immobiliers, eux-mêmes liés à trois malfrats incapables. Un roman jubilatoire !   

     Aucun amateur de polar, d'histoire, de littérature ne devrait passer à côté de ce roman. Tout y frôle la perfection. La qualité de l'intrigue. La description des arcanes du pouvoir religieux. L'aspect philosophique de la carrière des prêtres. Leurs envies. Leurs contraintes. La beauté. L'amour. Le sexe. L'argent. Toute la misère humaine et sa comédie balzacienne danse ici une valse au bal des faux-culs et l'on ne sait qui on doit vénérer et qui on doit détester. Avec en prime - et quelle prime ! - une dose d'humour ravageuse avec ce portrait de trois ratés tellement attachants que l'on ne souhaite pas qu'il leur arrive malheur malgré le dessein trouble que quelques millions de pesetas leur fait suivre.

      N'hésitez pas à taper sur "La peau du tambour". Je gage que vous ne le regretterez pas et comprendrez aisément pour quelle raison l'académie des lettres espagnole a fait de l'auteur, Arturo Pérez-Reverte, un de ses plus brillants ambassadeurs.

Rien que du bonheur !

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    Je vous l'accorde, le titre peut rebuter. Mais fait rebond sur un film génial intitulé "Petits meurtres entre amis". L'auteur est finlandais. Pas un inconnu. Son livre le plus connu est "Le lièvre de Vatanen" dont un film avec Christophe Lambert a participé à la popularisation. Dans cet ultime opus de Arto Paasilinna, le délire atteint des degrés d'exception qui confine au génie littéraire et à une analyse profonde et on l'espère objective de la société finlandaise.

    Pour en faire  une brève synthèse, disons que deux personnes se rencontrant par hasard parce qu'elles ont décidé de se suicider sur un même lieu se persuadent de l'utilité et de la justesse d'un suicide collectif. Pour ce faire, elles passent une annonce... et l'histoire commence, si drôle, si truculente, si bouleversante aussi, que je préfère vous laisser le bonheur de la découverte.

    N'hésitez pas à emprunter la Flèche de la Mort, un car pullman dernière génération qui s'apprête à faire le tour des plus hautes falaises d'Europe.

     Il serait dommage de passer à côté de cet ouvrage autant qu'il l'est de ne pas avoir fait halte au "Magasin des suicides" de Jean Teulé. Comme quoi, lorsque de grands auteurs se penchent sur des sujets dramatiques, ils parviennent à tirer le meilleur de ce qui au départ s'apparente au pire.

Quand les verts voient rouge. De l'écolo bobo à celui qui fait mal

  Je viens de terminer un ouvrage de Jean-Christophe Ruffin paru en 2007 : Le parfum d'Adam. Le sujet traité, avec beaucoup de bonheur puisque l'on pourrait s'imaginer en voyage dans un Grangé de la bonne période, est l'écologie. Pas celle que nous connaissons tous en Europe qui sous des abords virulents s'apparente après lecture du livre à de douces jérémiades en comparaison de celle qui émerge aux Etats-Unis, entre autres, et que les spécialistes qualifient de deep ecology. C'est à ce point une mouvance prise au sérieux que le FBI n'hésite pas à la classer en deuxième position dans les menaces terroristes recensées par le bureau fédéral.

  Les militants de cette mouvance, plutôt secrète, prônent la disparition du véritable responsable de la pollution. Non pas la société industrielle mais l'Homme en tant qu'espèce.

Choc des cultures

 

 

 

 

 

       L'Inde intrigue, étonne par la diversité de ses cultes et de ses cultures, surprend par la densité de sa population. Ce que l'on sait moins en revanche, sans doute parce que cela fait partie de ces vérités qui dérangent, c'est l'âpreté de la lutte que se livrent les ressortissants hindous et musulmans. Des combats de tous les jours sans merci allant jusqu'à des assassinats parfois collectifs au vilain relent de purification ethnique. Dans le livre de Samina Ali : "Jours de pluie à Madras", on découvre le regard que porte sur son propre pays une jeune femme, dont l'existence se partage entre les Etats-Unis et l'Inde.

     Agée d'une vingtaine d'années, celle-ci revient en Inde pour son mariage, arrangé par sa mère, avec un jeune homme qu'elle n'a rencontréqu'une seule fois. Tous deux sont musulmans dans un pays majoritairement hindou... et dépositaires d'un secret douloureux. Peu après que le mariage ait été prononcé, ils vont être appelés à se confier, dans un mélange de honte et de tumulte.

       Cet ouvrage, que j'ai cependant trouvé parfois un peu en longueur, dissèque de très intéressante façon le poids des coutumes et des non-dits imposés par la religion, ce dans un contexte de résistance à l'oppression exercée par les membres d'un culte dominant. Le racisme prend ici une forme particulière entre habitants d'un même pays et le déchaînement d'une violence que les autorités locales feignent de ne pas voir créant par-là même une forme larvée de racisme institutionnel. Je recommande cette plongée dans une Inde déroutante de laquelle on ne ressort pas indemne.

Où il apparaît que la lecture ouvre les yeux... !

 

 

 

 

 

          L'actualité politique, et son jeu électoral pernicieux, brûle à ses feux ce que les sociétés précédentes ont élevé au rang de remède à une économie moribonde : les flux migratoires. Et chacun, et chacune, de surenchérir sur la nécessité du chacun chez soi, le natif avant tout et la montée larvée d'un certain nationalisme derrière lequel se cache trop souvent un fascisme qui ne souhaiterait pas dire son nom.

        Les hommes quittent-ils leurs terres d'origine pour le plaisir ? A l'évidence non ! Que faire pour que chacun vive là où se trouvent ses racines ? Là, à l'évidence se situe la véritable question ! En attendant que se mettent en place de véritables structures politiques et économiques pour mener les peuples défavorisés vers l'auto-suffisance et abolir les enrichissements personnels de vils potentats au détriment de ceux qu'ils sont censés servir, les hommes quitteront les territoires où ils souffrent pour d'autres censément plus accueillants.

        Cet exode, on s'en doute, ne procède pas de la promenade de santé. Pour mieux s'en convaincre et ouvrir les yeux sur les drames humains qui se déroulent si près de nous, je conseille très fortement la lecture de l'ouvrage d'un journaliste italien, Fabio Geda, : "Dans la mer, il y a des crocodiles". Ce livre magnifique construit d'admirable manière retrace le parcours hors du commun d'un jeune garçon afghan, Enaiatollah Akbari, de son pays d'origine à l'Italie via le Pakistan, l'Iran, la Turquie et la Grèce. Dépaysement garanti et doigt mis sur les véritables valeurs de l'humanité. Sept ans pour un parcours miné d'épreuves incroyables mais sept ans aussi d'une joie de vivre exceptionnelle qui conduit un enfant de dix ans vers l'âge adulte de la misère orientale à l'opulence occidentale.

        Une leçon de vie donnée par un gamin admirablement servi par un excellent travail de récitant. Un style éblouissant, une qualité de narration formidable. Partez voir s'il y a des crocodiles dans la mer. Sur Terre, on le sait, il y en a. Même que certains marchent sur leurs deux pattes arrière...

Patrons, chefs d'entreprise, par pitié, ne vous fiez pas au titre!

 

 

 

 

 

        Pour avoir énormément navigué dans le monde du polar, en commençant par d'antiques O.S.S. 117 puis l'intégrale des San Antonio avant de dévorer des centaines de titres dans la "série noire" de Gallimard, je dois avouer éprouver désormais une certaine réticence à m'immerger à nouveau au coeur de cet univers pensant en avoir fait le tour. Idée censément émise à juste titre jusqu'à ma récente lecture d'un ouvrage de Paul Cleave, un auteur néo-zélandais, intitulé : "Un employé modèle" dont le titre original est "The cleaner" : le nettoyeur. Pour demeurer succinct tant je tiens pour important le plaisir de la découverte je ne livrerai que cette publicité alléchante : lorsqu'un serial killer décide de mener lui-même l'enquête, tout peut arriver. Vraiment tout, je le confirme.

 

     Exercice jubilatoire. Intrigue d'une folle originalité. Style décapant. Ecriture vive et enlevée avec une plongée non dénuée de réalisme dans le monde de la démence d'un serial killer vraiment pas comme les autres. Inutile de préciser que je plébiscite cet ouvrage et encourage tout le monde à le dévorer y compris, et surtout, tous les blasés du genre policier. Un avertissement toutefois pour les garçons : il y a une scène du livre qui fait mal. Très mal. Peut-être le côté féminin de l'auteur a-t-il voulu se venger de quelque mâle turpitude. C'est assurément réussi au-delà du concevable.