Se souvenir de Mauthausen

 

     Ce poème m'a été inspiré par le témoignage d'un ami. La personne, d'origine espagnole, qui lui a narré cet évènement est aujourd'hui un vieux monsieur mais le souvenir de ce qu'il a vu ce jour-là n'est jamais mort en lui. Quant au héros, un slave dont j'ignore la nationalité, que dire de plus sur lui sinon qu'il était un homme, juste un homme, mais quel homme ! Pour information, mais sans chercher à polémiquer inutilement, la camp de Mauthausen accueillit dès 1942 un bon nombre de réfugiés espagnols que l'état français soucieux de ne pas déplaire à l'occupant dénonçait comme de potentiels activistes de gauche.

 

           Se souvenir de Mauthausen



           La lune aux cîmes des grands chênes
           Verse des larmes de cristal.
           Le froid glacial crache sa haine
           Et Dieu renie son piédestal.


          Au centre de l'immense cour
          Balayée par une lumière crue
          Il gît et rêve de secours
          Sait ce à quoi il n'aurait cru.


          Il paie le prix d'une saine colère
          Et fait le deuil des journées fastes.
          La nuit le drape d'un froid polaire
          Nulle fin prendra ce jour néfaste.


          L'espoir n'a pas trait au menu
          Seuls barres de fer, seaux d'eau glacée,
          Infligés à un homme nu
          Refusant d'être déclassé.


           Mais le voilà qui se relève
           Campe bien droit ses pieds au sol
           Vers la poitrine ses bras élève
           Et au ciel lance l'ultime obole.


           Il abandonne ici sa haine
           Du camp sinistre et ses bourreaux
           Tant d'autres là partagent sa peine
           Et l'horreur des temps amoraux.


           Quand l'aube, confuse, enfin se lève
           Lasse de cette contrainte éternelle
           Un homme nu, espoir, s'élève
           Statue pétrifiée par le gel.


           Il est mort sans vouloir se plaindre
           Sans même hurler tout son mépris
           Comme un qui n'a plus rien à craindre
           Son mutisme doit rester un cri.


 

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Commentaires (1)

1. elvire 16/02/2010

Un poème magnifique. Troublant qu'il soit inspiré d'une histoire vraie. En des mots simples vous faites de la mort de cet homme un fait d'armes pour la liberté.
Bravo pour votre admirable talent.

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