La lune et le papillon

 

 

 

                 La Lune et le papillon

 

             A l'aquilon fripon d'un chaud matin de mai
             Voletait, tout folâtre, un frêle papillon.
             Il était né du jour à l'aube qui se pâmait
             A cette heure indécise du soleil vermillon.


              L'aurore toute attendrie sous son oeil circonspect
              L'avait vu déployer ses ailes chiffonnées
              Lui conférant soudain si différent aspect
              Comme un à qui enfin la beauté est donnée.


              Croisant sur son chemin une libellule affairée,
              Le papillon lui propose d'à la course se mesurer.
              Je n'ai le temps, dit-elle. Viens demain, je verrai
              Si cela est possible. Quant à t'en assurer...!


              Déçu, il reprit vol jusqu'à un fier pommier
              Où en corolles roses se prélassaient quelques fleurs.
              Il en choisit une belle pour son repas premier
              Car de se restaurer il sentait venir l'heure.


              Hé! Que fais-tu?, cria-t-elle, pétales frissonnants.
              Je m'en viens butiner aux étamines ton pollen!
              Non, pitié! Ou serai fanée dès soleil au ponant.
              Reviens plutôt demain remplir ton abdomen.


               Légèrement dépité et le ventre affamé
               Le petit papillon redéploya ses ailes
               Espérant que plus loin, en des lieux mieux famés,
               Son bonheur trouverait sans trop user de zèle.


               Dans une forêt profonde, par la grâce d'une trouée,
               Il vit, dansant dans la lumière, un rayon de soleil.
               S'élevant dans le ciel, il proposa de jouer
               A l'astre dont la chaleur lui semblait une merveille.


                Je suis trop vieux, trop sage, petit coléoptère
                Attends plutôt la nuit et demande à la Lune.
                Mais si elle est trop triste ou se révèle austère
                Reviens me voir demain pour retenter fortune.


                Reprenant en espoir des distractions sélènes,
                Il attendit, impatient, que descende la nuit.
                Las, elle vint dans le manteau d'un épais ciel de traîne.
                Rompu d'espérer en vain, il s'endormit, ivre d'ennui.

                Quand l'aube réveilla rivières, champs et sillons,
                Elle découvrit au pied d'un vieil arbre sans nom,
                Inerte dans son linceul d'ailes, un petit papillon
                Mort par nature car éphémère était son nom.


                N'écoutons trop les sages, les grincheux, les penseurs.
                Profitons sur l'instant du plus petit festin.
                Ne croyons qu'en toute chose on peut remettre l'heure
                Car demain n'est jamais rien moins que certain.



 

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Commentaires (1)

1. 18/02/2010

Pauvre petit papillon... Une jolie fable! La morale est cruelle, mais elle est juste.

Bises,

Sandra

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