A porter des chapeaux

         Un texte que j'ai mis en musique façon Georges Brassens, heureusement pour vous je ne vous l'imposerai pas! Mais j'avais à coeur de faire un à la façon de pour rendre hommage à un artiste que j'apprécie beaucoup. Le fait que je vive tout près de Sète participe peut-être à m'en sentir proche.

 

                       A porter des chapeaux

 


        A peine vint-il au monde, tout jeune nourrisson,
        Que ses parents émus couvrirent son crâne chauve
        D'un bonnet de layette tirant sur les tons mauves.
        Non qu'ils l'aient vu frémir du plus petit frisson
        Mais pour avoir jugé sans échanger propos
        Qu'il avait une tête à porter des chapeaux.


        Il grandit à son rythme ceint de tendre intérêt
        Et toujours à son chef, au gré de la saison,
        Fleurissait une casquette, une chapka, un béret,
        Voire une cagoule de laine ou un bob vert gazon
        Car on jugeait encore bien qu'aux ans le dépôt
        Qu'il avait une tête à porter des chapeaux.


        Dans sa douzième année, malgré sa piéta molle,
        Monsieur l'abbé obtint qu'il fut enfant de choeur
        De ses parents ravis par une si belle obole.
        D'une blanche calotte le coiffa de bon coeur
       Jugeant bon sans souci du dimanche le repos
        Qu'il avait une tête à porter des chapeaux.


        Majorité échue, au service réfractaire,
        Il dit son déplaisir et son visage pâlot
        Au bonhomme sourire du médecin militaire.
        Celui-ci néanmoins lui tendit un calot
        Car il avait conçu, honneur faite aux drapeaux,
        Qu'il avait une tête à porter des chapeaux.

        Quand de la vie civile il retrouva le cours,
        Il se mit sans détour à chercher du labeur,
        Lut les petites annonces, passa tous les concours.
        On le voulut gardien, policier ou facteur
        Car l'administration jugeait fort à propos
        Qu'il avait une tête à porter des chapeaux.


        Le désespoir le prit, et une grande lassitude,
        A'c'qu'on ne l'imaginât déboulant tête nue
        Les cheveux libres au vent dans une noble attitude
        Comme si pour lui ainsi eut manqué de tenue.
        Dès lors à couvre-chef il répondit pipeau
        Car il en avait marre de porter des chapeaux.


        Il fréquente très vite une bande assez louche
        Qui sait tôt lui apprendre moultes et une combines
        Et qu'en toutes circonstances il faut taire sa bouche;
        En un mot comme en cent, ils le roulent, l'embobinent.
        Mais jamais ils ne disent, et là je dis chapeau!
        Qu'il possède une tête à porter des chapeaux.


        La morale dans la vie n'est pas toujours très lisse
        Car le jour où la bande échoua au prêtoire,
        Les juges, calques fidèles des gens de la police,
        Crurent ferme en la parole de grands menteurs notoires
        Et l'enfermèrent à vie à la prison de Pau
        Car il avait une tête à porter le chapeau.




 

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