Oncle Petros et la conjecture de Goldbach d'Apostolos Doxiadis

       Un titre à coucher dehors, c'est indéniable. Mais quel livre ! Une prouesse tant littéraire que mathématique dont je n'ai trouvé l'équivalent que dans "Le théorème du perroquet" de Denis Guedj. Une énigme mathématique irrésolue prétexte à un hommage avunculaire et cette irrépressible envie d'aller de page en page afin de savoir si le vieil homme parviendra à ses fins. Faire d'une science aussi rigoureuse un jeu entre deux couleurs de haricots et songer que la vie d'un homme n'a tenu qu'à cette démonstration ! A noter qu'à la sortie du livre une bourse d'un million de dollars récompenserait quiconque parviendrait à résoudre la conjecture de Goldbach. Je m'y suis risqué, je l'avoue... mon compte en banque atteste de mes échecs.

        Ce livre m'a d'abord appris le sens mathématique d'une conjecture : quelque chose que l'exemple démontre à tout coup mais que l'on ne parvient pas à démontrer par le biais d'un théorème applicable à l'infini. L'incroyable implication entre la philosophie et les mathématiques, l'un ne vit sans l'autre quoi qu'en pensent les théoriciens. La dérision d'un homme face aux plaisirs de l'existence pour le seul investissement d'une recherche fondamentale tout en sachant que l'éventuelle réussite dans ce domaine ne conduira à rien d'autre que l'honneur de léguer son nom à un théorème ou à un principe. Accepter le dénuement le plus total et ne livrer son exceptionnelle intelligence qu'à cette recherche pour une gloire éphémère et peu rénumératrice. Là tient peut-être la vraie philosophie de la vie : peu importe le regard que portent les autres sur son existence pourvu qu'à nos propres yeux elle soit magnifique. Pas de jugement, pas de sentence, la liberté absolue.

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