Délire de l'art

  

      Blaise Pascal a défini le rire comme étant une spécificité exclusive de l'espèce humaine. Certains esprits chagrins ont rétorqué que d'autre primates possédaient un caractère comportemental s'y apparentant. Ce que l'on ne peut exclure en revanche c'est que l'homme détient une capacité que nul être vivant au monde ne partage avec lui : la faculté de s'émouvoir à la vision d'un objet inutile. Je veux bien sûr par-là parler des oeuvres d'art. Tableau, sculpture, dessin, pièce musicale, poème... Mais voilà qu'aujourd'hui la mercantilisation desdites oeuvres d'art s'efforce de mettre à bas la valeur sacrée de l'objet par lui-même. Ainsi hier, une sculpture de Giacometti, "L'homme qui marche", s'est vendue près de 74 millions d'euros. Pour de bon il marche. Mais sur la tête !

    Si géniale que soit cette réalisation, avis tout personnel, cela met le prix du bronze au kilo à un niveau jamais atteint. Et démolit tout argument de coup de coeur pour l'heureux acquéreur. Quelle que soit l'émotion que l'on éprouve pour une oeuvre, aucune ne mérite qu'on y consacre une telle somme. Et quand bien même on aime à ce point une oeuvre, de merveilleux copistes savent la reproduire à l'infini à un tarif autrement plus abordable. Là se situe tout le paradoxe de notre société dans laquelle certains sportifs gagnent plus que les grands dirigeants d'entreprise lesquels multiplient par deux ou trois cents fois le salaire de base des ouvriers qu'ils emploient. Rien ne correspond plus à rien et les valeurs deviennent si galvaudées qu'elles perdent tout leur sens.

      Alors, peut-être serait-il bon de se replonger dans la lecture de "La société du spectacle" de Guy Debord. De remettre l'être humain à sa juste place et d'oublier l'étalonnage pécuniaire de choses qui n'ont pas de prix par définition. L'art doit rester le don d'un créateur envers tous ceux chez qui il provoque une émotion. Cette émotion étant le meilleur prix qui puisse venir en retour.

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