blog lecture et écriture

Tout est lié. Chaque pièce du puzzle formant le grand tout peut avoir l'écrit pour point commun pour peu que l'on utilise divers angles de visée. Toutes les sciences et tous les grands courants de pensée sont figés, mais non fixés, sur des supports éc

Le plus bel endroit du monde est ici

  

 

 

Le plus bel endroit

 

Je viens de terminer la lecture de ce petit livre en version poche. Je dois avouer que je reste un peu sur ma faim. On est loin de la qualité des ouvrages de Mitch Albom sur les chemins qui séparent la vie de la mort. Les auteurs ont à mon sens exploité à demi une belle idée de départ que je juge pour ma part gâchée par trop d'à peu près à la limite de la mièvrerie. On sent vite venir les choses et rien ne détourne le lecteur du chemin vers lequel on le guide. Je dois également reconnaître une certaine lassitude vis-à-vis des ouvrages traitant du développement personnel, de la vie après la mort, des tunnels de lumière et des épreuves à vaincre pour atteindre au nirvana. Quant à la liste des dix choses importantes à faire avant de... Tout cela à trop un arrière-goût de déjà vu et est à mon sens bien mieux exploité dans le "Journal de Bridget Jones". Un échec de temps en temps me réconcilierait peut-être avec ce type de travaux d'Hercule pour quadras en mal de vivre. Le lecteur que je suis aimant à être déstabilisé ou tout au moins bousculé est, vous vous en doutez, resté sur sa faim...

La peau du tambour

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       Un pirate informatique s'est introduit dans l'ordinateur central du Vatican pour remonter jusqu'au Pape. Il n'en faut pas plus au Saint Siège pour déléguer son émissaire secret, Lorenzo Quart, à Séville, siège du pirate. Autour d'une vieille église qui tue pour se défendre, se nouent les secrets d'une vieille famille aristocratique protégeant un religieux un peu fou et les intérêts de spéculateurs immobiliers, eux-mêmes liés à trois malfrats incapables. Un roman jubilatoire !   

     Aucun amateur de polar, d'histoire, de littérature ne devrait passer à côté de ce roman. Tout y frôle la perfection. La qualité de l'intrigue. La description des arcanes du pouvoir religieux. L'aspect philosophique de la carrière des prêtres. Leurs envies. Leurs contraintes. La beauté. L'amour. Le sexe. L'argent. Toute la misère humaine et sa comédie balzacienne danse ici une valse au bal des faux-culs et l'on ne sait qui on doit vénérer et qui on doit détester. Avec en prime - et quelle prime ! - une dose d'humour ravageuse avec ce portrait de trois ratés tellement attachants que l'on ne souhaite pas qu'il leur arrive malheur malgré le dessein trouble que quelques millions de pesetas leur fait suivre.

      N'hésitez pas à taper sur "La peau du tambour". Je gage que vous ne le regretterez pas et comprendrez aisément pour quelle raison l'académie des lettres espagnole a fait de l'auteur, Arturo Pérez-Reverte, un de ses plus brillants ambassadeurs.

Rien que du bonheur !

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    Je vous l'accorde, le titre peut rebuter. Mais fait rebond sur un film génial intitulé "Petits meurtres entre amis". L'auteur est finlandais. Pas un inconnu. Son livre le plus connu est "Le lièvre de Vatanen" dont un film avec Christophe Lambert a participé à la popularisation. Dans cet ultime opus de Arto Paasilinna, le délire atteint des degrés d'exception qui confine au génie littéraire et à une analyse profonde et on l'espère objective de la société finlandaise.

    Pour en faire  une brève synthèse, disons que deux personnes se rencontrant par hasard parce qu'elles ont décidé de se suicider sur un même lieu se persuadent de l'utilité et de la justesse d'un suicide collectif. Pour ce faire, elles passent une annonce... et l'histoire commence, si drôle, si truculente, si bouleversante aussi, que je préfère vous laisser le bonheur de la découverte.

    N'hésitez pas à emprunter la Flèche de la Mort, un car pullman dernière génération qui s'apprête à faire le tour des plus hautes falaises d'Europe.

     Il serait dommage de passer à côté de cet ouvrage autant qu'il l'est de ne pas avoir fait halte au "Magasin des suicides" de Jean Teulé. Comme quoi, lorsque de grands auteurs se penchent sur des sujets dramatiques, ils parviennent à tirer le meilleur de ce qui au départ s'apparente au pire.

Quand les verts voient rouge. De l'écolo bobo à celui qui fait mal

  Je viens de terminer un ouvrage de Jean-Christophe Ruffin paru en 2007 : Le parfum d'Adam. Le sujet traité, avec beaucoup de bonheur puisque l'on pourrait s'imaginer en voyage dans un Grangé de la bonne période, est l'écologie. Pas celle que nous connaissons tous en Europe qui sous des abords virulents s'apparente après lecture du livre à de douces jérémiades en comparaison de celle qui émerge aux Etats-Unis, entre autres, et que les spécialistes qualifient de deep ecology. C'est à ce point une mouvance prise au sérieux que le FBI n'hésite pas à la classer en deuxième position dans les menaces terroristes recensées par le bureau fédéral.

  Les militants de cette mouvance, plutôt secrète, prônent la disparition du véritable responsable de la pollution. Non pas la société industrielle mais l'Homme en tant qu'espèce.

Choc des cultures

 

 

 

 

 

       L'Inde intrigue, étonne par la diversité de ses cultes et de ses cultures, surprend par la densité de sa population. Ce que l'on sait moins en revanche, sans doute parce que cela fait partie de ces vérités qui dérangent, c'est l'âpreté de la lutte que se livrent les ressortissants hindous et musulmans. Des combats de tous les jours sans merci allant jusqu'à des assassinats parfois collectifs au vilain relent de purification ethnique. Dans le livre de Samina Ali : "Jours de pluie à Madras", on découvre le regard que porte sur son propre pays une jeune femme, dont l'existence se partage entre les Etats-Unis et l'Inde.

     Agée d'une vingtaine d'années, celle-ci revient en Inde pour son mariage, arrangé par sa mère, avec un jeune homme qu'elle n'a rencontréqu'une seule fois. Tous deux sont musulmans dans un pays majoritairement hindou... et dépositaires d'un secret douloureux. Peu après que le mariage ait été prononcé, ils vont être appelés à se confier, dans un mélange de honte et de tumulte.

       Cet ouvrage, que j'ai cependant trouvé parfois un peu en longueur, dissèque de très intéressante façon le poids des coutumes et des non-dits imposés par la religion, ce dans un contexte de résistance à l'oppression exercée par les membres d'un culte dominant. Le racisme prend ici une forme particulière entre habitants d'un même pays et le déchaînement d'une violence que les autorités locales feignent de ne pas voir créant par-là même une forme larvée de racisme institutionnel. Je recommande cette plongée dans une Inde déroutante de laquelle on ne ressort pas indemne.

Patrons, chefs d'entreprise, par pitié, ne vous fiez pas au titre!

 

 

 

 

 

        Pour avoir énormément navigué dans le monde du polar, en commençant par d'antiques O.S.S. 117 puis l'intégrale des San Antonio avant de dévorer des centaines de titres dans la "série noire" de Gallimard, je dois avouer éprouver désormais une certaine réticence à m'immerger à nouveau au coeur de cet univers pensant en avoir fait le tour. Idée censément émise à juste titre jusqu'à ma récente lecture d'un ouvrage de Paul Cleave, un auteur néo-zélandais, intitulé : "Un employé modèle" dont le titre original est "The cleaner" : le nettoyeur. Pour demeurer succinct tant je tiens pour important le plaisir de la découverte je ne livrerai que cette publicité alléchante : lorsqu'un serial killer décide de mener lui-même l'enquête, tout peut arriver. Vraiment tout, je le confirme.

 

     Exercice jubilatoire. Intrigue d'une folle originalité. Style décapant. Ecriture vive et enlevée avec une plongée non dénuée de réalisme dans le monde de la démence d'un serial killer vraiment pas comme les autres. Inutile de préciser que je plébiscite cet ouvrage et encourage tout le monde à le dévorer y compris, et surtout, tous les blasés du genre policier. Un avertissement toutefois pour les garçons : il y a une scène du livre qui fait mal. Très mal. Peut-être le côté féminin de l'auteur a-t-il voulu se venger de quelque mâle turpitude. C'est assurément réussi au-delà du concevable.

Pourvu que le vent d'espoir n'accouche pas d'une brise !

 

 

 

 

 

           Actuellement, et on ne saurait mieux faire que de s'en réjouir, souffle un vent de liberté sur les peuples opprimés par des potentats forts de leurs assises acquises au cours des dernières décennies. Du Proche-Orient à l'Asie sans oublier l'Amérique du Sud, des hommes et des femmes se lèvent pour crier leur misère face à des pouvoirs qui les affament et les confinent à la misère tandis qu'eux-mêmes et leurs affidés croulent sous les richesses accumulées. Fortunes à ce point scandaleuses qu'il faudrait des générations et des générations de tyrans et dictateurs pour "espérer" en venir à bout. Nous ne pouvons que nous réjouir que chutent ces régimes que la plupart des états occidentaux ont contribué à maintenir en place car leur exercice du pouvoir par la force nécessitait les armes que nous leur vendions sans parler des obscurs pouvoirs protecteurs contre de fallacieuses craintes culto-intégristes que nous leur prêtions. Si l'on ne se réfère qu'au continent africain, 300 milliards de dollars sont consacrés chaque année aux budgets militaires des états lorsqu'on estime qu'un dixième de cette somme suffirait à éradiquer la famine et les maladies; ces chiffres n'appellent pas à commentaires !


           On sait toutefois la grande difficulté qui existe dans la substitution d'un pouvoir par un autre avec tous les espoirs que l'on place dans le fléau de la balance côté "ça ne pourra pas être pire !". L'Histoire, hélas, a démontré que ce n'était pas toujours le cas et que l'exercice du pouvoir peut autant tourner les têtes que l'argent qu'il draine dans son sillage. les exemples sont légion de révolutions prétendument populaires qui ont accouché de régimes aussi sanglants, voire plus, que ceux qui les avaient précédés. La Nature de l'Homme serait ainsi faite qu'Il brûle très vite ce qu'Il a adoré : ses semblables et les grandes idées progressistes. Souhaitons que les têtes qui tombent depuis quelques semaines soient rempacées par des polyvirats tels que les aimait Rome car on plus on croise les pouvoirs moins ils risquent de s'échapper.

         

        Mais puisqu'ici tout se lie par ce qui ce qui se lit, je voudrais, pour demeurer au coeur du sujet, faire l'apologie d'un ouvrage que j'ai achevé il y a peu et dans lequel j'ai ressenti une très grande force narratrice sur un sujet traité d'une manière particulièrement intelligente. Inutile bien sûr d'encenser la plume d'André Makine, déjà couronné par le prix Goncourt pour "Le testament français", j'axerai plus mes louanges sur le thème abordé et traité de remarquable façon. Un chef d'oeuvre de la littérature franco-russe que je recommande à tous ceux qui aiment les belles histoires d'amour... et leurs à-côtés tragiques : "La vie d'un homme inconnu".

Toute la folie russe à un prix dérisoire

 

 

 

 

 

     Afin de commencer l'année lecture en beauté, je vous engage à ne pas passer à côté d'un petit bijou d'un très jeune auteur russe Alexandre Ikonnikov. Parcourant les plaines de l'Oural à la Sibérie, sans oublier quelques haltes au coeur des grandes métropoles, il décline sur une cinquantaine de textes dans "Dernières nouvelles du bourbier" toute la gamme des sentiments et des ressentis avec un humour tellement décapant qu'il en devient corrosif. Impossible de ne pas éclater de rire devant une multitude de situations d'une incroyable loufoquerie narrée avec cette âme slave si présente au cœur de la narration. On y croise une intense auto-dérision noyée sous des litres de vodka et de bière. Ce recueil se lit en plus avec une facilité détonante, chaque texte ne s'étalant que sur trois ou quatre pages. Un livre indispensable à prendre avec soi, format poche très pratique pour un prix dérisoire en regard du dépaysement offert, pour lutter contre la morosité des embouteillages, des attentes en caisse, des abribus…

   A lire absolument... pour aider à se convaincre que nous ne sommes pas les plus malheureux même si cette certitude ne peut constituer en soi une consolation.

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ouvroir de littérature potentielle

 

 

 

 

 

       L'Oulipo ou Ouvroir de la littérature potentielle est une forme de littérature dans laquelle se doivent d'être respectées certaines formes de contrainte que s'imposent eux-mêmes les auteurs. Georges Perec et Italo Calvino en sot les représentant les plus connus. Perec a par exemple écrit un livre de plus de trois cents pages "La disparition" sans utiliser la lettre "e". Calvino a rédigé un recueil de nouvelles "Si par une nuit d'hiver un voyageur" dans lequel des personnages se croisent et se recroisent de texte en texte et dont la conclusion se synthétise par une boucle dans l'intitulé de chacun des titres des textes. C'est à la fois une contrainte mais un espace de liberté à découvrir dans lequel peu de gens ont déjà pénétré. A chacun de s'établir ses propres contraintes. Je vous donne un exemple personnel ci-dessous d'un texte que j'ai rédigé en n'utilisant que la voyelle "e". A vous de jouer ensuite à en créer d'autres autour d'autres thèmes.

 

               Oulipien

 

 

    L'événement est en tête des lettres de presse :

    L'enlèvement des élèves de Mers-el-Djebel.

    Le vent de désert cèle en ses ergs grèges

    En ces lents temps secrets le réel de l'ère.

    Les prêtres, verts, recherchent les élèves

    Et prennent en revers les mégères berbères;

    Elles serrent les lèvres et cèlent le secret

    De ce vers les élèves rêvent de se mêler.

    Le chef des prêtres jette pêle-mêle, le gel

    Et le léger, vers les bergères berbères

    Et tente de percer le recel des mégères…

    En perte sèche et lettre décédée.

 

    Entre temps, les élèves se resserrent

    En de secrètes ténèbres et le désert

    Dresse lentement ses éphémères regs

    Vers le célèbre céleste sélène.

 

    Lettre révélée, les prêtres lèvent le secret

    Et se jettent, célères, vers le désert en gel.

    L'Eternel, le frère, enlève légèrement le vent

    Vers les élèves et bêle le réel des prêtres.

 

    Les élèves se relèvent, sept cent mètres

    De prés éternellement verts, et se jettent

    Vers les jetées rebelles, enlèvent les vêtements

    Et se jettent en le rêve : en mer !

"Ce que le jour doit à la nuit"

 

 

 

 

 

      Je viens de terminer la lecture de "Ce que le jour doit à la nuit" de Yasmina Khadra et il serait dommage de passer à côté de cet auteur. En effet, aussi bizarre que cela puisse paraître, Yasmina est un homme puisqu'il écrit sous un pseudonyme. De son vrai nom, Mohamed Moulessehoul, fut durant un peu plus de trente ans officier dans l'armée algérienne et use donc de pseudonyme à ses débuts afin de traiter un thème qui lui est cher : la tolérance. Position délicate à assumer de par sa situation professionnelle.

     Auteur francophone des plus lus dans le monde, il aborde des sujets liés à la religion et les prosélytismes qui s'y rattachent souvent : "Les hirondelles de Kaboul", "Les sirènes de Bagdad" mais connaît un succès encore plus grand grâce à "Ce que le jour doit à la nuit", élu meilleur livre de l'année par le magazine Lire.  Dans ce roman, où l'auteur manie une langue châtiée empreinte de poésie, le lecteur découvrira la vie de Younès, alias Jonas, de 1930 à nos jours, dans une Algérie en recherche d'identité. Tous les sentiments explosent dans cet ouvrage, l'amitié, l'amour, l'honneur, d'autant qu'ils ont pour toile de fond un pays en crise tiraillé entre deux pans de son histoire. Lequel Younès choisira-t-il ? C'est là tout le drame de tout un peuple décrit sans concession quel que soit le camp observé et là se situe toute la justesse de l'auteur que l'on comprend avant tout tolérant, une faiblesse pour certains. Avec cette très belle phrase, certes connue, "Le souvenir des morts est le coeur des vivants".

     Pour l'anecdote, un de mes amis algériens m'a confié avoir vu l'auteur à la télévision nationale et jugé qu'il paraissait imbu de sa personne. Je lui accorde toute ma confiance mais devant la qualité de l'œuvre je pardonne volontiers à Yasmina Khadra ladite immodestie.